Chronique des temps de guerre, temps III

Andromaque de Jean Racine

Mise en scène : Frédéric Constant

Mise en scène : Frédéric Constant

Collaboration artistique : Catherine Pietri et Xavier Maurel

Avec :

Anne Sée / Andromaque

Maud Narboni / Céphise

Catherine Pietri / Hermione

Cyrille Gaudin / Cléone

Frank Manzoni / Oreste

Julien Mulot / Pylade

Frédéric Constant / Pyrrhus

Daniel Kenigsberg / Phœnix

Benoît André / Soldat d'Oreste

Scénographie : Denis Fruchaud et Marion Gervais

Costumes : Muriel Delamotte et Anne Deschaintres

Lumières : Jérôme Allart

Son : Christine Moreau

Création vidéo : Guillaume Junot et Frédéric Constant

Régie générale : Benoît André

Régie lumière : Jérôme Allart

Régie son : Christine Moreau

Régie plateau : Antonin Chaumet

Administratrice de production : Dominique Clermont

Dans cette pièce, les désirs individuels des personnages — si intenses et envahissants qu’ils ont pour eux la figure du destin — sont toujours liés à une histoire collective, qui tout à la fois les dépasse et les oriente.

En effet, ce n’est pas tant la mort d’Hector que les circonstances de cette mort qui déterminent la trajectoire des personnages. Si Hector n’avait pas été tué au combat par Achille, le père de Pyrrhus, et toute sa famille massacrée par Pyrrhus lui-même, en d’autres termes si les Grecs n’avaient pas rasé Troie et exterminé ses habitants, Andromaque serait une autre pièce : un drame galant, et non une tragédie.

C’est donc l’inscription d’une intrigue amoureuse dans l’horizon sanglant de la guerre qui, selon nous, donne à Andromaque sa dimension proprement tragique. Il y a d’abord la guerre de Troie, ce “passé qui ne passe pas” et qui hante la conscience des personnages, et il y a ensuite le risque d’un conflit futur, danger incarné par Astyanax, ce fils d’Hector et d’Andromaque, ce “reste de Troie” que les Grecs veulent éliminer à la fois comme un mauvais souvenir et comme une menace, et dont Oreste, leur ambassadeur, vient réclamer la tête.

C’est entre-deux-guerres que se situe l’Andromaque de Jean Racine, comme si le conflit Troyen n’avait pas trouvé sa résolution définitive, et qu’il lui fallait éclater à nouveau. Les Alliés d’hier, “Les Grecs conjurés”, vont s’entre-déchirer dans une guerre fratricide. Ici, chacun, sentant bien que ce qui devrait être une paix durable n’est qu’une accalmie passagère, s’élance, avec une intense fébrilité, dans une fuite en avant vers la réalisation à tout prix de son désir.

Forts de notre culture et de l’Histoire qui nous a forgés, nous voulons relire Racine non seulement à la lumière des Grecs, source directe de son inspiration, mais aussi à celle de Claudel et de Tchékhov.

Construction : Atelier de la Maison de la Culture de Bourges

Coproduction : Maison de la Culture de Bourges, Les Affinités Electives, Théâtre National de Bretagne, Scène nationale de Chambéry

 

LA TERRASSE, le 23 janvier 2014 - N° 217 par Catherine Robert

Artiste associé à la Maison de la Culture de Bourges, Frédéric Constant y crée Andromaque, l’inscrivant dans un cycle consacré à l’interminable histoire de la guerre. Une intéressante proposition qui exacerbe la tragédie

(...) Frédéric Constant et son équipe ont imaginé un projet en quatre chroniques. Après Tableau autour de G, Iliade moderne ravivant le souvenir de la guerre de Troie, Eneas, neuf, composé autour de la figure des exilés, vient Andromaque, qui sera suivie d’Astyanax voit rouge, rêverie autour des interrogations de l’héritier d’Hector.

UNE TRAGEDIE EN FORME DE LEÇON DE TENEBRES

La très belle scénographie de Denis Fruchaud et Marion Gervais, remarquablement éclairée par Jérôme Allart et sonorisée par Christine Moreau, suggère l’omniprésence militaire, à la fois souvenir et menace sanglants. Frédéric Constant choisit d’installer la tragédie dans les années 20, entre le diktat humiliant du Traité de Versailles et les massacres vengeurs à venir : les balles sifflent comme des serpents au moment de la folie d’Oreste, dont la raison vacille en même temps que les murs du palais de Pyrrhus.

Tous les comédiens prennent le parti de la dureté : implacable Hermione de Catherine Pietri, Oreste (excellent Franck Manzoni) en soudard brutal des Hellènes, venu réclamer la vie d’un enfant, Pyrrhus (subtil Frédéric Constant), qui oscille entre le désir de posséder Andromaque comme ce qu’il reste d’Hector et celui de reprendre ses armes en conquérant sa veuve. La tragédie en est rendue plus cruelle encore, et ses héros semblent d’autant plus misérables d’apparaître ainsi cruellement sanguinaires et brutaux. L’ensemble compose un spectacle très intéressant en ce qu’il renouvelle l’intemporel tragique en lui offrant un fond historique ténébreux.

THÉÂTRE DU BLOG 18 janvier, 2014 par Philippe du Vignal

(....) on entend le texte de Racine, comme rarement, dans cet auditorium du conservatoire de Bourges à l’impeccable acoustique. Et il a des acteurs solides, et tout à fait crédibles, dont le meilleur est sans doute Frank Manzoni (Oreste).

L'HUMANITÉ, 31 mars 2014 par M. Da S.

(...) Frédéric Constant a endossé le rôle de Pyrrhus et réussit les plus belles scènes d’affrontement avec une Andromaque bouillonnante et contenue à laquelle Anne Sée donne une tonalité captivante. Elle compose avec finesse une figure de résistance obstinée dans son refus d’épouser le bourreau de son époux et des Troyens.

LE BERRY RÉPUBLICAIN, 15 janvier 2014 par David Angevin

Andromaque interprétée en toute splendeur

Le parti pris de Frédéric Constant – artiste associé de la Maison de la Culture qui signe la mise en scène – de transposer ce drame antique dans les années 1920, période de l'entre-deux-guerres, fonctionne à plein. Les efforts de paix, les lâchetés n'y feront rien. La guerre de Troie, grimée en Der des Ders, porte en elle les germes du conflit suivant.

Après un prologue, en prose, rappelant le contexte historique et les personnages, le premier alexandrin surgit et entraîne le spectateur à travers le texte de Racine. Le travail sur la diction, les césures, les respirations, la fougue des comédiens ôtent à cette langue toute envie de ronronner. De trahison en amour éconduit, les poitrines se gonflent de rage et de pleurs. Les cœurs meurtris, trahis par trop d'espérance, se laissent aller à la haine.

L'interprétation de la troupe atteint des sommets. Chaque comédien livre sa partition de manière irréprochable à mesure que la tension s'accentue. Beauté des costumes, décor réduit au minimum, cuirassés menaçants en fond de scène, la scénographie accompagne cette fin d'un monde. En amour comme à la guerre, malheur aux vaincus !

LA REVUE DU SPECTACLE.FR, Le 2 mars 2015

Frédéric Constant met en scène Andromaque de Jean Racine qui est le troisième volet dans son travail d'une tétralogie autour de la guerre de Troie. Son projet est de montrer comment les hommes semblent courir à la tragédie. Comment un monde ancien fait toujours irruption dans une conscience moderne.

(...) Les acteurs ne trébuchent pas sur les alexandrins et exploitent tous les interstices de la mise en scène pour faire se rejoindre le sensible et l'universel.

Andromaque sonne comme un halètement de la conscience...