Titanic City

Péripétie à itinéraires multiples
Conception et mise en scène : Frédéric Constant
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Conception et mise en scène : Frédéric Constant

Dramaturgie : Xavier Maurel

Collaboration artistique : Catherine Pietri

Scénographie et Costumes : Philippe Léonard assisté de Virginie Bauchet et Sabrina Malmouche

Création son : Mme Miniature et Olivier Fauvel

Création lumière : Jean-François Touchard

Danse : Luc Toulotte

Assistante mise en scène : Marie Seux

Régie Générale : Hervé Jabveneau

Coproduction : Maison de la Culture de Bourges ; Maison de la Culture d’Amiens, Théâtre de Lons le Saunier – Scène du Jura, La Halle aux Grains – Scène nationale de Blois, Equinoxe – Scène nationale de Châteauroux, Les Affinités Electives 

Co-réalisation :Théâtre de la Cité Internationale – Paris

Ce spectacle a obtenu l’Aide à la Création du Ministère de la Culture et le soutien du Thécif et du Jeune Théâtre National et de l’ADAMI

Avec :

Renaud Danner / Frédéric Constant (Hippolyte, Elvis, l’ouvrier consciencieux, le mutant, l’artiste, le cagoulé, Sémaphore 2)

Rémi De Vos (Trois, Annoncier, le marchand d’armes, Piotr, Alpiniste 1, le dramaturge)

Geoffroy Guerrier (Guide G, Cinq, le vieux con, le journaliste, Alpiniste 2, Giorgio)

Wolfgang Kleinertz (Wladimir, W, le commandant,  Prospéro)

Florence Muller (Christiane, la montreuse, Mary Poppins, Claire, Membre 3, Sémaphore 1, l’actrice)

Catherine Pietri (Titania, Brigitte, l’aveugle, Membre 2, la petite Claudel)

Pierre Poirot (Guide P, le gardien, le député, Baron, Membre 1, l’homme aux bougies)

Lila Redouane (B12, la bonne sœur, Membre 4, Macha, Miranda.)

Anatole Sternberg (le metteur en scène, l’homme au lit cage, Thomas, l’homme en souffrance)

Joués par 7 comédiens amateurs  : L’employé de la salle des déchets, l’électricien étranger, Jo, Collègue 1, Collègue 2, Collègue 3, Jonas, le placardisé, la voix de l’info, et les alpagueurs

Spectacle fondateur et manifeste de la compagnie, Titanic City est le fruit du travail des répétitions qui se sont effectuées en trois époques de “laboratoire” où acteurs, metteur en scène et dramaturge ont collaboré à la conception du spectacle. Puis, est venu le temps de l’écriture de la pièce et trois mois de “mise en théâtre” du projet.

 

Le spectacle commençait par une déambulation où les spectateurs, transformés en passagers d’un transatlantique et divisés en quatre groupes, partaient à la visite du navire à la recherche de leurs cabines. Ils traversaient la salle de la contribution, le couloir de l’information, la salle de la révolution, le poste de contrôle, la salle de l’entretien, la salle de la vérité, la salle des solutions rapides et le carré de repos.

 

Puis, les spectateurs étaient informés d’une complication inopinée et commençaient alors l’évacuation du navire. Petit à petit, les spectateurs, réunis sur le plateau transformé en pont principal, étaient évacués dans la salle jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les acteurs sur le plateau.

A l’aube de l’an 2000, notre société connaît une profonde mutation. Cette mutation soulève de nombreuses interrogations, et nous surprend comme si nous avions toujours pensé que le monde évoluerait vers des lendemains meilleurs sans pour autant changer de façon radicale et soudaine : une amélioration, un glissement, une transition.

 

Les temps changent, un monde disparaît

Nous ne vivrons plus demain comme aujourd’hui, comme nous ne vivons déjà plus comme hier. La société dans laquelle nous sommes, issue de l’après-guerre, montre des signes de fatigue. Ce monde moderne, cette machine élaborée depuis le dix-neuvième siècle et fondée, dit-on, sur les enseignements de l’Histoire — politique, artistique, philosophique, religieuse, technique... — s’essouffle et ne semble plus fonctionner. Elle laisse apparaître des défauts de conception, des archaïsmes, des faiblesses, et s’avère moins performante qu’on ne l’espérait.

Les temps changent, un autre monde est à venir

Nous sommes capables, aujourd’hui, d’imaginer un grand nombre de futurs, plus ou moins séduisants. Et cependant, ce que sera le monde de demain est une énigme. Si certains s’en réjouissent, si d’autres estiment que “cela ne pourra pas être pire”, d’autres encore s’effraient, et se demandent ce que nous allons perdre ? Comment vivrons-nous ? Quel nouvel effort devrons-nous fournir ? Quels dangers, quelles difficultés nous attendent ? Y aura-t-il une place pour chacun, et quelle sera cette place ? Tant de questions sans réponses, tant d’interrogations soulevées par l’inquiétude qui, lorsqu’elle laisse place à la peur — celle de l’autre, de l’inconnu, du manque, du néant — ouvre la porte à la barbarie.

Où en sommes-nous ?

Pour aborder théâtralement cette question sans tomber dans les pièges de la quotidienneté, du réalisme ou de l’anecdotique, il ne faut pas se contenter d’une esthétique traditionnelle. Nous devons ouvrir le champ créatif vers un spectacle qui mêle et exploite les ressources de plusieurs arts, et imaginer une forme de récit aux dimensions du sujet.

Au cours du travail dramaturgique, nos intuitions se sont cristallisées autour d’une métaphore : Un navire-monde – sorte d’arche de Noé – construit pour protéger une partie de l’humanité. Ce bateau imaginaire, fierté de son pays, fleuron de la haute technologie, produit d’une économie florissante, serait un monde extraordinaire, invulnérable, qui vise la perfection : un  {{Titanic}} sur lequel nous sommes tous embarqués.

Titanic City raconte cette histoire, vieille comme le monde, et dont le principe serait le suivant : Pour alléger ses peines, pour conjurer sa peur et les menaces qui l’assaillent, l’homme s’ingénie à créer des Tours de Babel, des Iles Mystérieuses, des Mondes Meilleurs. Il veut ainsi assurer sa sécurité, améliorer son confort, favoriser son développement, accroître sa puissance, et voir enfin si ses réalisations rivalisent avec la Création dont il est issu. Il y perd souvent son âme et sa raison.

Bientôt, un choc, une agression venue de l’extérieur, l’usure, le temps, une réaction interne, une catastrophe naturelle, un défaut de conception, une fausse manœuvre ou la lassitude, met en péril sa construction. Tout s’écroule. Les conséquences sont d’autant plus graves, et l’échec d’autant plus cuisant et difficile à admettre, que les certitudes et la confiance que l’homme s’était forgées, quant à l’invulnérabilité et l’immuabilité du système qu’il avait mis en place, étaient grandes.

Un navire-monde en difficulté est donc le centre autour duquel notre spectacle s’articule. Il nous restait à lui donner un nom : Léviathan.

La visite-spectacle de ce navire formidable tient à la fois de la conférence positiviste et du tour en train-fantôme à la foire du Trône. Loufoques ou graves, prosaïques ou rêveurs, nous mêlons nos mots aux écrits d’auteurs classiques et d’auteurs contemporains, et nous tentons par de multiples récits et tableaux, de représenter le monde et les interrogations qu’il soulève, avec le désir permanent de mettre en avant l’homme, sa grandeur et sa médiocrité.

Le spectacle est composé de deux grandes parties distinctes qui se jouent dans la même soirée. Un personnage magique, une femme, sorte de coryphée, intervient au début, au milieu, et à la fin de la représentation en s’adressant directement au public, tel un “Monsieur Loyal”, un barnum propriétaire et maître de cette ménagerie extraordinaire. Nous l’appellons Titania, reine de la nuit et des fées.

1. LA MACHINE

Le public, divisé en plusieurs groupes, part à la découverte du formidable navire, emmené par des “comédiens-guides” : ce périple révélera aux spectateurs un monde qui, s’il se veut parfait, connaît pourtant de nombreux problèmes, et rappelle curieusement celui qu’ils ont quitté en venant au spectacle.

Chaque groupe voit les mêmes séquences, mais à des moments différents.

On annonce que le navire coule. L’évacuation commence et la première chaloupe quitte le navire. C’est la fin de la première partie.

2. SUR LE PONT

 

conviés à prendre place dans une salle où ils assistent à la dernière soirée du Léviathan. Là, des hommes et des femmes vont se croiser, des premières et des secondes classes, dans une ambiance de “vernissage à l’ambassade” que l’imminence du naufrage détériorera peu à peu.

Malheureusement, le nombre de places dans les chaloupes est inférieur au nombre de passagers. On apprend qu’il n’y a plus de chances d’embarquer. Du fond du navire, comme sortant d’un songe connu mais occulté, viennent les troisièmes classes. Elles nous décrivent, dans leurs langues, le difficile parcours qu’elles ont dû accomplir pour nous atteindre et être sauvées à leur tour. Mais il est trop tard, l’eau submerge le plateau.

Deux parties, deux atmosphères

La première, empreinte de fantastique et de science-fiction désuète : des personnages simples, bruts, des caractères pleins d’enthousiasme et de bonne volonté, confrontés au grain de sable.

La seconde, sans amertume, mais chargée de nostalgie, du sentiment de la perte : perte de l’insouciance, de l’enfance, d’une époque lointaine et indéfinie où tout semblait moins difficile. A cette nostalgie s’ajoutent la passion, la quête d’absolu, le courage et la lâcheté que la menace du naufrage exacerbe. Les personnages qui peuplent cette partie sont moins “d’un bloc”, plus complexes que les précédents, plus humains dans leurs interrogations et leurs certitudes, dans leur fragilité, leur égoïsme et leur bravoure.