Le petit oignon

d’après Les Frères Karamazov de Fédor Dostoïevski
Adaptation : Philippe Honoré
Mise en scène : Frédéric Constant

En se plongeant dans le chef d’œuvre de Dostoïevski, on est frappé par la puissance du roman qui cherche à cerner le monde au travers de la chronique d’une famille.

L’exaltation des personnages, confinant à l’hystérie, entraîne le lecteur dans une frénésie.

Les Frères Karamazov racontent le basculement d’un monde exténué dans un autre “possible”.

Le projet reprend ces lignes de forces du roman en resserrant la focale. Il circonscrit l’œuvre de Dostoïevski à l’expérience d’un personnage qui porte en lui ce qui nous habite tous.

Ici aussi la vie est un feu qui dévore.

Le petit oignon a été créé aux premières Rencontres Théâtrales de Pontlevoy.

Une histoire de famille

Il y a le père, Fiodor, malhonnête et débauché, les trois fils, Ivan l’intellectuel, Dmitri le passionné et Aliocha le mystique, et puis un « bâtard », Smerdiakov, laquais du père tyrannique.

Tous se jalousent, se détestent, s’opposent ou s’admirent.

L’un d’eux sera parricide.

Cet univers masculin est traversé par deux femmes : Katérina, la vertueuse, et Grouchenka, la dévoyée.

 

Une œuvre de Parole

Le choix de l’adaptation d’une œuvre aussi magistrale demande à la fois de l’humilité et de la déraison. Quel angle, quel parti pris adopter ?

Le roman de Dostoïevski est intensément théâtral. Comme au théâtre, tout au long de l’œuvre, la parole règne. Confidences, déclarations, altercations, délires, imprécations, suppliques, interrogatoires… les personnages se révèlent aux autres par le discours, souvent débridé. Les actes sont en adéquation ou radicalement contradictoires avec les mots dits.

D’autre part, le récit est une grande saga où de multiples personnages croisent leur destin. Un roman-fleuve que l’adaptation ne peut que réduire. Rien ne sert d’y résister, au contraire, il nous appartient, de saisir le livre à son origine, de le recomposer et de le contracter, afin de faire entendre l’essence des personnages inoubliables qui l’habitent.

L’adaptation de Philippe Honoré prend ce récit multiforme par un angle de vision, celui d’un personnage du roman, et ne lui fait raconter que ce qui le concerne. Comme un témoin le ferait.

C’est autour du personnage de Grouchenka que se construit le spectacle. Sa voix se déploie sur la scène pour que résonne en nous l’écho de ce qui s’est passé.

Production : Les Affinités Electives 

Avec le soutien de Culture O'Centre

Conception et mise en scène : Frédéric Constant

Adaptation : Philippe Honoré et Frédéric Constant

Collaboration artistique : Catherine Pietri

Traduction : André Markowicz

Avec :

Catherine Pietri

Scénographie et costumes : Muriel Delamotte et Anne Deschaintres

Création lumière : Jérôme Allart

Création son : Christine Moreau

Création vidéo : Guillaume Junot et Frédéric Constant

Régie générale : Benoît André

Régie lumière : Jérôme Allart

Régie son et vidéo : Guillaume Junot / Karine Hébrard

 

LE BERRY RÉPUBLICAIN, le 30 janvier 2013 par Elizabeth Renaud

Lundi soir, au théâtre Jacques-Coeur, le Petit Oignon a emmené les spectateurs en Russie avec l'adaptation du roman de Dostoïevski, les Frères Karamazov.

Dans un décor hivernal, une fille perdue, humiliée et abandonnée, jouée par Catherine Pietri, comédienne, narre le drame d'une famille. Un crime s'est produit. L'un des quatre fils est soupçonné de parricide. Il sera arrêté et jugé. _

(...) Durant une heure la voix de Grouchenka résonne dans la salle jusqu'au dénouement. Le public est sous le charme, les applaudissements fusent.

RADIO RÉSONANCE, le 29 janvier 2013 par Michel Pinglaut

Frédéric Constant est artiste associé à la MCB° ; nous commençons donc à découvrir les... constances de son travail théâtral sur les grandes œuvres. De cette saga, de ce roman-fleuve, il a extrait des passages remarquables pour la comédienne Catherine Pietri. Il suit presque la chronologie, et nous aide même à nous y retrouver dans la fratrie, par la projection d'un carton informatif, comme du temps du cinéma muet.

Catherine Pietri est une merveilleuse conteuse pour évoquer les personnages, pour être témoin, ou active. Seule en scène, elle alterne rituel mystique, chaleur, sensualité, folie, cruauté, ostentation, appât du gain, amour, désamour. Elle est une femme liane pour raccrocher, épisode après épisode, enterrement, jeu d'enfants, petit oignon (d'où le titre du spectacle), fête, procès pour parricide, jugement...

Nous avons parlé théâtre et cinéma : nous retrouvons l'équivalent de plans-séquences, une scénographie non réaliste, mais évocatrice du réel, vidéos qui permettent une mise en abîme de la présence charnelle de l'actrice, une chorégraphie rituelle, un univers lumineux où alternent, avec bonheur, chaleur et froidure, une bande son, compagne du récit, qui permet aussi d'apprécier, en contre-point, l'étendue du talent vocal d'actrice-conteuse de Catherine Pietri. Elle fut acclamée pour la première, au Théâtre Jacques Cœur.