Chronique des temps de guerre, temps I

Tableau autour de G

Conception et mise en scène : Frédéric Constant

Conception et mise en scène : Frédéric Constant

Dramaturgie : Xavier Maurel

Collaboration artistique : Catherine Pietri

Avec :

Catherine Pietri (Hélène, Catherine, Récitant, Clytemnestre)

Frédéric Constant (Le grouillot du ministère, Heinrich Schliemann)

Philippe Gaulé / Bertrand Farge  (Bertrand, Achille, Rudi)

Wolfgang Kleinertz  (Wolfgang, Priam, Helmut von Grubach)

Scénographie : Denis Fruchaud, assisté de Corinne Forsans

Costumes : Muriel Delamotte et Anne Deschaintres

Assistante costumes : Nayla Ferzli

Création lumière : Christophe Pitoiset

Création son : Fabien Bourgeois

Régie générale : Guillaume Junot

Régie lumière : Jérôme Allard

Régie son : Joris Chrétien

Coproduction : L’Onde, espace culturel de Vélizy-Villacoublay, Les Affinités Electives

Ce spectacle a bénéficié de l’aide à la production de la Région Centre, de l’aide à la reprise de la DRAC Centre, et du soutien du Conseil Général du Loir et Cher.

Tableau autour de G, premier volet de nos Chroniques des temps de guerre constitue pour nous une sorte de scène d’exposition, une présentation de notre personnage principal : G (la guerre).

Deux lignes de force sous-tendent ce projet :

– Donner une “impression” de la guerre, des guerres, comme la peinture le fait du monde.

– Revenir à la déflagration que fut cette guerre pour ceux qui la vécurent, afin de mieux comprendre la nature du cauchemar qui hante les personnages des Années de cendre

 

Le spectacle se propose de raviver le souvenir de la guerre de Troie, ce conflit exemplaire, cette guerre des guerres, et de toucher du doigt ce point où les ferments premiers de l'humanité côtoient déjà la plus sauvage barbarie, où une force destructrice invincible accompagne déjà le balbutiement des origines.

 

L’élaboration de ce projet s’est faite à partir de deux axes définis par la guerre elle même :

– Le front (dans la tourmente du siège de Troie)

– L'arrière (loin des combats, avant, pendant ou après la guerre).

Pour accentuer “l’impression du chaos”, et donner le sentiment de perpétuel accomplissement, nous avons choisi de confondre ces deux axes. Débarrassé alors de toute nécessité de chronologie et de cohérence de personnages, Tableau autour de G est composé en cinq chapitres :

1. Homère.  Un soir d’été, trois amis sont réunis à l’occasion du départ de l’un d’entre eux. Le plus âgé évoque l’origine de la guerre de Troie, du mariage d’Hélène au sacrifice d’Iphigénie.

2. Hélène. Tandis que les armes sont affûtées et que les militaires partent rejoindre leur régiment, Hélène revient sur sa vie, son mariage, son amant, les causes de la guerre.

3. Ilion. Devant les murs de Troie, trois soldats philosophent. Au fil des courtes scènes, qui composent ce chapitre, la folie — dernier refuge devant une réalité insupportable – s’empare des protagonistes et prend le pouvoir.

_ Trois chœurs ponctuent cette partie. Ils connaissent une évolution du chanté-parlé à l’incarnation des personnages. Il s’agit de trois extraits de l’Iliade : Les combats (chant IV), la mort d’Hector (chant XXII), le corps d’Hector (chant XXIV).

4. Le cheval. Le stratagème d’Ulysse, la statue équestre, semble  l’unique solution pour sortir de ce conflit enlisé depuis dix ans. Tous saisissent cette opportunité sans plus réfléchir aux conséquences qu’elle peut entraîner. Les spectateurs et les soldats qui les ont rejoints se trouvent, coupés de la scène, à l’intérieur du cheval de bois. C’est de là qu’ils vivront l’entrée dans les murs de Troie.

5. Schliemann. A Hissarlik, Heinrich Schliemann – scientifique ayant découvert les ruines de Troie –, à court d’argent, cherche à séduire un mécène Berlinois. Il évoque le sac de Troie et s’interroge sur la conclusion de cette guerre, supposant même qu’elle continue toujours. L’évocation enfiévrée du passé fait surgir de ces ruines le spectre de Clytemnestre, la sœur d’Hélène, qui tua son mari à son retour de Troie.

Le texte de Tableau autour de G. est semblable à une mosaïque. Tout d’abord deux auteurs Frédéric Constant et Xavier Maurel se partagent l’écriture des séquences. S’ajoutent ponctuellement des extraits de textes références : Homère (L’Iliade), Virgile (L’Enéide), Eschyle (Agamemnon), Sophocle (Ajax), Anton Tchékhov (La Mouette et La Cerisaie). Puis viennent enfin, des citations d’une phrase ou deux de textes qui nous ont marqués et qu’il nous semblait important de convoquer ici. Il s’agit d’échos d’une parole déjà entendue et dont l’évocation nous semble porteuse de sens. Nous les devons à Paul Claudel, Clausewitz, Samuel D., Euripide, Michel Foucault, La Genèse, Ludovic Halévy et Henri Meilhac, Pierre Loti, Parménide, Jean Racine, Yannis Ritsos,  Sénèque, Saint-Just, Marguerite Yourcenar

En mêlant nos textes à ceux d’autres auteurs nous avons veillé à ne pas éviter l'opposition des styles d'écriture, pour que le chaos du langage vienne redoubler le chaos des armes.

Des morceaux de récits homériques, des scènes de guerre fantaisistes, des échos tchékhoviens, des aspirations à danser, le tout s’entrechoquant comme pour reproduire la rumeur sourde qui nous parvient où nous sommes, voilà Tableau autour de G

 

LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE, Jeudi 5 février 2004 par Alain Vildart

Frédéric Constant est un metteur en scène épique maniant des décors velus comme fétus de paille.

Mardi soir à la Halle aux Grains, son "Tableau autour de G" a disséqué la guerre avec invention, truculence et recueillement.

 (... ) Dans la salle allumée, les acteurs se baladent dans les travées, puis reviennent sur les planches dans un tourbillon de loupiotes. Le fameux cheval de Troie s'avance c'est l'échafaudage servant à installer les projecteurs !

Hélène parle sur un film muet sous-titré en français et en allemand (réminiscence de 14-18). Elle déchire l'écran fragile : des bribes d'images s'agitent sur ses lambeaux, ou sont projetées jusqu'au fond des coulisses. Beau moment, la guerre va loin.

Cassandre gueule, les deux gros yeux rouges du Diable observent la scène. "La guerre de Troie est-elle bien finie?"